Action 2 – Restauration des monuments historiques
La chapelle des Jésuites – Un joyau caché de Saint-Anne-d’Auray
L’établissement religieux de Sainte Anne d’Auray connaît, au XIXᵉ siècle, une période marquante avec la présence des Jésuites de 1815 à 1828. Cette période, où est ouverte un petit séminaire, est bien documentée par les travaux historiques de Georges Provost. L’installation des Jésuites entraîne une réorganisation des bâtiments conventuels des Carmes, présents aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.
Un cloître ancien et un ensemble conventuel structuré
Le plan primitif du monastère présente un cloître rectangulaire :
- À l’Est, la maison conventuelle des Carmes du XVIIᵉ siècle,
- À l’Ouest, une sacristie accompagnée d’une tour,
- Au Nord et au Sud, des murs reliant ces deux corps de bâtiment et fermant le cloître.
Les Jésuites, soucieux d’adapter les lieux à leurs besoins pédagogiques et spirituels, remplacent le mur nord par un réfectoire au rezdechaussée et, juste au-dessus, une chapelle intérieure destinée à la communauté.
Construction de la Chapelle (1823)
L’édifice encore visible aujourd’hui, mais caché aux yeux du public porte sur sa façade nord la date 1823, ce qui correspond à la fin de la période où les Jésuites occupaient le site. Cette chapelle s’adosse au cloître du XVIIᵉ siècle. Elle constitue l’un des rares témoins architecturaux subsistant de la présence jésuite entre 1815 et 1828. Aujourd’hui inscrite au titre de Monuments Historiques, cette chapelle, richement décorée, est un véritable joyau du patrimoine religieux, un lieu d’exception dotée d’une excellente acoustique.
Décor peint du XIXᵉ siècle
L’intérieur de la chapelle est remarquable pour son ensemble de peintures réalisé en 1876 par Alphonse Le Hénaff (18211884), un peintre formé dans l’atelier de Paul Delaroche, figure influente de la peinture académique française. Ces décors — peintures murales et stucs — sont très appréciés par les connaisseurs du style néo-classique. Ils sont aujourd’hui protégés au titre des Monuments Historiques, comme l’indique la documentation des Journées du Patrimoine.
Une chapelle transformée au fil du temps
Des éléments architecturaux témoignent d’aménagements disparus, notamment les traces d’une ancienne tribune, dont les supports sont encore visibles. Leur présence laisse penser que la chapelle n’a cessé d’évoluer selon ses usages successifs :
- Chapelle communautaire pour le petit séminaire administrée par les Jésuites puis les prêtres diocésains
- Bibliothèque du petit séminaire au début du XXᵉ siècle comme l’atteste une photographie d’époque
- Retour à une chapelle dans les années 1950-1960
- Salle de musique au cours des années 1970-1980
Malgré ces transformations, la structure d’origine — réfectoire en bas, chapelle en haut — demeure lisible et constitue un bel exemple d’architecture religieuse réemployée.
Un patrimoine intégré au grand ensemble du sanctuaire
Bien que plus discrète que la Basilique érigée au XIXᵉ siècle et la Chapelle de l’Immaculée, la chapelle s’inscrit dans l’histoire vaste et complexe du plus grand lieu de pèlerinage de Bretagne, dont les fondations remontent aux apparitions de sainte Anne entre 1623 et 1625.
Elle complète ainsi le riche ensemble architectural comprenant :
- Le cloître du XVIIᵉ siècle,
- La basilique (1866-1872),
- La Scala Sancta,
- Les espaces mémoriels et les lieux d’accueil des pèlerins.
L’état actuel
La Chapelle des Jésuites est identifiée comme appartenant à l’ensemble de bâtiments du sanctuaire dont l’état général est décrit comme très dégradé depuis de nombreuses années. Le plafond de la Chapelle des Jésuites du XIXᵉ siècle était déjà en état préoccupant en 2015, au point d’être protégé par un filet anti-chute, signe d’un risque structurel imminent.
Ce bâtiment actuellement non chauffé, non ventilé et non surveillé a subi :
- Des infiltrations d’eau (toitures, gouttières, maçonneries poreuses)
- Une prolifération de salpêtre sur les murs
- La dégradation accélérée des décors peints et stucs du XIXᵉ siècle
- Le délitement des enduits intérieurs
- Des fissurations des voûtes
- Une dégradation très avancée des menuiseries (fenêtres, huisseries)
Le projet de restauration
La restauration complète à l’identique de la Chapelle des Jésuites s’inscrit dans une volonté forte de préserver et de valoriser un édifice patrimonial majeur. Entièrement réhabilitée, la chapelle deviendra un lieu culturel de référence, capable d’accueillir une centaine de personnes dans des conditions d’écoute et de confort optimales. Elle constituera un espace privilégié pour les concerts de musique de chambre, les petites formations, mais également pour les répétitions des chœurs, des musiciens de l’Académie et des artistes en résidence.
Ce projet offrira ainsi aux artistes comme au public un cadre d’exception, alliant prestige architectural et qualité acoustique remarquable. Par ailleurs, la construction d’une tribune en vue d’y installer un orgue — dont la conception fera l’objet d’une étude dédiée — renforcera la vocation musicale du lieu et élargira encore les possibilités artistiques. Cette restauration ambitieuse permettra de redonner à la Chapelle des Jésuites toute sa place au sein du patrimoine culturel et musical, au service de la création, de la transmission et du rayonnement de l’Académie.
Budget des travaux : 3 500 000 d’euros TTC
- Gros œuvre, charpente et toiture : 1 300 000 d’euros
- Menuiseries extérieures : 300 000 euros
- Décorations intérieures : 500 000 euros
- Autres corps de métiers (plomberie, électricité…) : 500 000 euros
- Orgue et équipement : 500 000 euros
- Démolitions et aménagement d’une cours intérieure : 150 000 euros
- Honoraires et études complémentaires : 350 000 euros
Période de travaux :
- 2026 : Fin des études architecturales et préparation de l’appel d’offre
- 2027/2028 : Travaux